Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 16:02



Je ne dis jamais non lorsqu'il s'agit d'apprendre quelque chose.
Mais je déteste me dire qu'il n'en restera rien.
J'ai une confiance limitée en ma mémoire.
Alors je suis de ceux qui prenne invariablement des notes lors de conférences.
Puis je les tape. Bien sûr, les notes sont des brouillons mais il est vraiment impossible de relire des phrases plus proches du tag que d'un quelconque dialecte.
Alors voilà, toutes ces notes sont là, dans mon petit ordi, sous fichier word, à prendre la poussière...
Et puis, ne vous arrive-t-il jamais de fourrager le net, de tomber sur un programme de conférences périmé ou  à perpet' dont l'intitulé semble coller point pour point à votre recherche ?  J'ai connu cette frustration... Oh que oui !  Eh bien, je dis non, plus jamais ça !! ^^
Alors, je met à la disposition de tous mes notes, si leur lecture peut être utile à quelqu'un. On peut aussi bien d'ailleurs les lire par simple curiosité.

J'essayerais de les publier par ordre chronologique.
Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas, et je sais qu'on ne demande jamais l'autorisation à qui que ce soit pour reprendre des textes sur la toile, mais si c'est le cas, envoyez-moi au moins un petit commentaire, ça ne coûte rien et vous satisferez ma propre curiosité !
Enjoy !


Chamahal

Par Chamahal
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 16:21

A l'occasion de la sortie de son livre Zone inondable, saints, géants et dragons au nord-est d'Angers, Raymond Delavigne de la Société de Mythologie Française est venu nous faire part de sa théorie à Villevêque en 2008 :


Saints, dragons et zones inondables

en Anjou

          Le culte en rapport avec les dragons provient des temps celtiques. Les saints sauroctones sont les saints « qui maitrisent ou qui tuent un dragon ». On les retrouve sur les églises dans les zones inondables. Avec la christianisation le dragon devient le symbole du Mal, mais il est aussi bénéfique. Il y eu aussi des dragons en Perse, à Sumer (Tiamak), en Egypte, en Inde, en Assyrie, en Grèce ou même en Amérique du nord. Les Serpent, les sirènes, ou autres crocodile sont des dérivés du dragon. Tout un éventail mythologique les met en scène :

     - Apollon et le python
     - Persée libérant Andromède (prototype de St George)
     - St George et St Michel tuent le dragon, mais ce sont de jeunes saints (saints  « dégénérés »), les anciens saints maitrisaient le dragon et le renvoyaient dans son domaine
     - dans la mythologie égyptienne, Horus à tête de faucon est un autre prototype de St George, de l'époque copte
     - Bellephoron et la chimère
     - Mélusine, femme serpent ou guivre (du latin vipera)
     - Saint Olaf, tueur de dragon nordique

(Ci-contre, St George et le dragon)

          En Anjou, des girouettes, ou « Chasse Hennequin », sont à l'effigie de ces lézards géants, en sachant que les girouettes étaient réservées aux familles nobles et les protégeaient. Elles sont liées à la légende de la Chasse sauvage ou chasse Hennequin. Mais aussi, une gravure témoigne d'une comète apparue dans le ciel d'Angers, assimilée à un dragon en 1712.

          Les gargouilles de Saumur par exemple sont aussi des traces, comme le crocodile d'Oiron.

          Elles sont les interférences de croyances païennes dans un contexte chrétien.

          Les dragons dans les temps antérieurs, ont toujours été liés au péril des eaux, au danger de la noyade.

          Effectivement, en Anjou, les inondations étaient nombreuses. Les dragons personnifient ces calamités. L'eau entretient une peur atavique, avec sa vie grouillante, les couleuvres. Il y eut par exemple la grande inondation de 1856, durant laquelle les carrières d'ardoise furent noyées. Dans la presse même, les rivières, les cours d'eau sont personnifiées. Elles ont de plus un caractère serpentiforme.

          Au travers des cours d'eau, on retrouve l'ambivalence des dragons, avec leur danger, et leur richesse (le limon par exemple). Les saints sauroctones se situent exclusivement dans des églises autours des rivières. Quand ils sont absents, c'est à cause du défrichement tardif. Il y a des liens étroits entre les zones inondables et les saints sauroctones, et pour la première fois, Raymond Delavigne utilise l'outil statistique en mythologie, ce qui suscite des réactions surprises, et il calcule que sa théorie du lien entre ces deux éléments a une chance sur mille d'être fausse, selon un système de croisement d'origine biologique.

          Emile Longin : « A la procession St Marc ou des Rogations, on portait devant la croix et la bannière un monstrueux dragon ou serpent, appelé la guivre ou tarasque de St Serge, qui, au moyen d'un ressort ouvrait une énorme gueule armée d'un triple rang de dents aigues. » Les femmes lui touchaient la queue, cela portait chance et fécondité. St Serge était un saint sauroctone. Les légendes celtiques sont donc assimilées par le christianisme. Encore une fois, le dragon fait peur, mais est bénéfique (fécondité), il faut toutefois l'adoucir (on lui donnait des bonbons).

          On parle aussi des « dragons processionnés », comme pour la légende de St Clément et le Graoulli, à Metz et dans une trentaine de villes. Le dragon y est contrôlé.

          A Tarascon même, le nom de la ville provient de la Tarasque, monstre maîtrisé par St Marthe, près du Rhône, qui voyait beaucoup d'inondations. La Tarasque est un monstre gaulois.

          A Angers, l'Eglise St Serge représente St Serge et le dragon, sur les carreaux. Anciennement, la place du Ralliement était la place d'une église appelée Notre dame des serpents. On retrouve des traces de dragons à St Aubin aussi, dans la collégiale St Marin, avec une Marguerite et le dragon. C'est en effet une sainte qui est avalée par un dragon, et le maitrise en sortant de son ventre avec sa croix, elle favorise donc les accouchements. On voit aussi des sirènes, des diables souvent verts. St Hilaire est un chasseur de serpent, et allégorise la prise de possession d'un territoire par l'Eglise.


          Il y a aussi des traces de St George et le dragon à Briollay et Villevêque. Le saint patron de Briollay est d'ailleurs St Marcel, un saint sauroctone, et Ste Marguerite à Soucelles. A Soucelles se trouve la fontaine St Armel, un saint sauroctone, en souvenir du saint breton qui avait remercié les habitants du village de lui avoir laissé le passage, vers le XVIIème siècle. 1631 fût à ce propos « l'an des grands eaux ». Au XIXème siècle, on sait que des bretons effectuaient encore le pèlerinage jusqu'à la fontaine de Soucelles en l'honneur de St Armel.

          A Villevêque, une peinture a été retrouvée, reprenant St Christophe, un saint sauvage, souvent poilu voir a tête de chien, ainsi qu'un géant « psypompe », c'est-à-dire celui qui transporte les âmes dans l'au-delà. Ils proviennent de la mythologie païenne. Giotto a lui-même peint un géant psypompe.

          Les dragons, ce sont aussi des monstres avaleurs, comme les baleines. Un monstre "androphage" est un monstre mangeur d'hommes. Une salamandre sur une maison est une protection contre les incendies. Les monstres et dragons engoulant sont ceux qui avalent des colonnes dans les églises par exemple. Ils symbolisent encore une fois l'ambiguïté des dragons, ils sont dangereux (menacent le bâtiment), mais asservis, ils deviennent un soutien.

          Corzé est d'origine celtique, cela signifie « le petit marais », et elle possède effectivement un saint sauroctone. A Beaufort, il y a une légende de dragon qui garde un trésor. St Florent est le grand chasseur de dragon de Saumur, où il se trouve en concurrence avec St Méen. Du côté de Villevêque, le sceau des nautoniers représente des sirènes, elles ne sont donc pas encore maléfiques comme l'image donnée par l'Eglise, mais pourvoyeuse de poisson. La tapisserie de l'Apocalypse possède des dizaines de dragons.

          La bigorne est un monstre gras qui se nourrit des maris envieux, tandis que la louve rachitique se nourrit des femmes vertueuses.

          Enfin, si l'Eglise tend à supplanter les croyances païennes, elle les assimile aussi, et on observe d'étranges mélanges de croyances et de religions, qui s'empilent les unes les autres.

          D'abord la maîtrise de l'Eglise est représentée par une crosse, en forme de serpent, et parfois à l'image serpentine. St Jean l'Evangéliste fut représenté avec un calice duquel sort un dragonneau, en fait une allégorie du Christ. Eve est montrée caressant un serpent. La Vierge tient en laisse un dragon. Le Christ était parfois le Christ guerrier terrassant un dragon. Dans l'histoire de Moïse et le serpent d'airain, les serpents maléfiques sont figurés par de petits dragons. Mais on sait aussi que la Vierge est montée au ciel à Ephèse, où y pratique un culte d'Isis. Enfin, les bijoux, qui tout d'abord servaient à éloigner des maléfices aux ouvertures, sont significatifs. Une carte postale présente une angevine traditionnel, portant au cou un pendentif en forme de serpent, surplombé d'une croix. Il y a cohabitation des cultes.

P.S.: Raymond Delavigne a entrepris toute une série de conférences à Villevêque autours de l'eau en Anjou. Pour les intéressés, ce n'est peut être pas fini ! A vérifier.

Par Chamahal
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 18:52

Le jeudi 10 avril 2008, à l'Espace Welcome d'Angers, Gildas Jaffrennou, ensignant en cinéma-audiovisuel nous offrait en parallèle de la diffusion du film d'animation Princesse Mononoké au cinéma 400 Coups la conférence : Mythes et mise en scène chez Hayao Miyasaki.

La scène ci-dessous au début de Princesse Mononoké, celle de l'attaque du village par un démon sert de base aux propos.



Mythes et mise en scène chez Miyazaki

          Les mythes sont des légendes qui regroupent des archétypes dans toutes civilisations. Ils répondent aux questions des sociétés. Ils ont un sens caché, ils sont métaphoriques, allégoriques. Il peut s'agir du reflet des angoisses (devant la nature notamment), des désirs, ou bien de cosmogonies. On retrouve souvent la préoccupation du temps, comment y échapper, mais c'est aussi un mode représentation du monde. Les mythes sont quelque chose qui nous meut, parfois inconsciemment en nous. Le sens réel apparaît toutefois comme au-delà du sens dans une réflexion.

          Les mythes avec les Grecs changent de statut, ce sont des philosophes qui les écrivent. Ils deviennent autre chose que l'émanation d'une population sur ses interrogations. C'est un moyen pour les philosophes de trouver des intermédiaires. Par exemple le mythe de la caverne de Platon, qu'on peut aussi comparer à la projection de film, différent de la réalité. L'intérêt du mythologue n'est pas de savoir si les propos du mythe sont vrais ou faux, c'est une question d'historien. Enfin, avec les Grecs, le mythe devient quelque chose de créé par un auteur, ce sont des nouveaux mythes qui ne datent pas de temps ancestraux.

          Avec les changements survenus dans les sociétés se développent de nouveaux problèmes et notamment la place de la science.


          Le cinéma nous présente des fictions ou des documentaires. La fiction est toujours sous-tendue par des mythes d'une manière ou d'une autre, car les personnages ou autres sont des références qui en proviennent généralement. Il y a donc deux approches : soit l'on se dit que tous les films contiennent des éléments mythologiques, soit il y a une volonté du cinéaste d'aller vers le mythe.

          Miyazaki traite de questions contemporaines par une voie allégorique sans tout maîtriser pour autant. Il résume une des crises contemporaines, celle entre la spiritualité et le matérialisme.


          On retrouve dans Princesse Mononoké le mythe de l'enfant sauvage qui se fait l'intermédiaire entre les hommes et les animaux.

          Rares sont les cinéastes qui procèdent ainsi. D'habitude, le dimension mythique est donnée ensuite par les analyses d'un film. Mais parfois le cinéaste veut une autre dimension pour ses scènes, mythique, il recherche plus que de l'émotion, ce qui s'avère difficile. Car un mythe doit fonctionner dans l'imaginaire du spectateur.

          Dans le cinéma hollywoodien, il n'y a pas de portée mythologique, bien qu'il y ait utilisation du mythe détournée pour la mise en scène cinématographique, comme dans le film Le choc des titans. Le cinéaste recherche quelque chose de spectaculaire.

           On peut faire pourtant un parallèle entre le monstre de ce film, une gorgone, une méduse, qui subit une malédiction de femmes, pétrifie du regard, possède un sang particulièrement corrosif, et le démon de Princesse Mononoké. Le démon est maudit par une femme, il pétrifie aussi Yakuru, et la terre derrière lui devient stérile.

          Mais il y a chez Miyazaki une portée déjà mythologique, car le monstre fait tout de façon naturelle et on ne s'inquiète pas non plus pour le héros.

          La terre stérile, ou terre gaste, « gâtée », est aussi un mythe courant, qu'on retrouve par exemple dans le mythe arthurien.

          Dans le film Excalibur, ainsi se déroule un schéma parallèle à la fin de Princesse Mononoké, avec le fait de faire boire Arthur dans un calice, le Graal, « Terre et roi sont un ».

          Miyazaki veut toujours mettre en place un espace réaliste, alors qu'il évolue dans l'animation, il avance sur papier, en passant par des story-boards. L'impression d'espace est purement donnée par lui, il apporte toujours une extrême précision sur la situation spatiale du personnage, le spectateur peut donc parfaitement se repérer, imaginer dans l'espace, grâce à des effets de caméra, des travellings, etc.

          Miyazaki crée son histoire comme quelque chose de réel. Il possède une grande culture littéraire, mythologique, il éparpille plein d'éléments, et le fond est difficile à saisir.

          C'est en grande partie la création d'hors champ qui laisse la place à l'imaginaire. Les éléments décisifs existent intérieurement. Dans les films hollywoodiens, on verrait tout, et ça aurait été, en quelque sorte, banal.


       

Par Chamahal
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 18:17

Dans la même foulée que Gildas Jaffrennou, Edith Montelle, bibliothécaire, conteuse, formatrice à l’art de conter et directrice de collections chez Slatkine éditions, nous a proposé le lendemain (11 avril 2008) une conférence sur Les esprits de la nature dans les mythologies du Japon, alors que sortait son ouvrage sur les kamishibaïs, Le théâtre d'image.

Les esprits de la nature dans les mythologies du Japon


          Les mythes sont des récits sacrés qui fondent une communauté. Chaque « strate » de culture, de gens a laissé sa trace dans les croyances, les lieux et même les paysages. Ces traces se retrouvent dans les dessins animés, notamment. Au Japon, on différencie trois sortes de culture et d'attitude envers la nature. Il y a d'abord la culture Aïnou (animisme), la civilisation shintô et le bouddhisme.

          Il y a donc différents strates d'histoire. A la période précéramique l'archipel du Japon était peuplé par les Aïnous, des chasseurs, vers 10 000 avant Jésus Christ. Arrivés par la Corée, les Jomons amènent ensuite la poterie. Entre ces deux civilisations, il n'y a pas de guerres, mais des échanges.

          Vers 700 avant Jésus Christ, les « wa » arrivent à leur tour, terme péjoratif signifiant nains. Ils étaient chinois, c'était une peuplade guerrière. Cette population a alors besoin de terres, et, avant, au Japon, la terre appartenait à tous. Les Aïnous et les Jômons reculent donc sans combattre, car pourquoi se battre pour une terre qu'ils ne considèrent pas comme la leur ?

          Ces deux mentalités complètement différentes sont révélées notamment par rapport à la terre. Nippon signifie « pays du Soleil Levant ». Ce sont tous à présents des japonais, des nippons.

 La nature dans la mythologie Aïnou

          Dans leur mythologie, il y a le monde du milieu, avec la mer proche. Ils constituent le domaine non dangereux des Aïnous. Puis il y a la mer du large, si l'on s'y aventure, on arrive au bout du ciel, puis ensuite dans les nuages qui constituent le domaine des démons qui apportent les épidémies (comme la variole). La porte des nuages est gardée par deux frères, celui du matin : Lance-Nuées, et celui du soir : Rassemble-Nuées.

          Les dieux sont répartis sur six étages, le six représentant l'infini (le cinq : la main, donc, au-delà). Ces étages sont des mondes célestes, du premier ciel, jusqu'au dernier habité par le dieu soleil dans sa maison, toutefois jamais seul. En effet, dans cette mythologie, tout marche par couple.

           Dans le monde de l'au-dessous, il y a six paliers. Une fois morts, on reste dans le premier au-dessous tant que sur terre on ne nous a pas oublié, puis, quand c'est le cas, on passe dans le deuxième jusqu'à ce qu'on nous oublie totalement dans le premier au-dessous, et ainsi de suite. Arrivé au sixième, on renaît en bébé.

          La déesse ours régit le monde des morts, ce monde des dessous, où tout est à l'envers.

Le peuple Aïnou

          Les Aïnous sont très poilus, même en Chine, on les appelle les « horribles poilus ». Les hommes sont réputés comme les meilleurs des marins, et les femmes sont d'excellentes brodeuses. Ils vivaient de pêche, de chasse, de cueillette. Mais surtout ils vivaient en harmonie avec la nature : pour eux, tout a une âme.


         
           Leurs dieux, les kamuys, apparaissent sous forme animale. Il n'y a pas de clergé dans leur société, le chef du village et sa femme veillent à ce que les rituels soient bien respectés. Le conteur, mais bien plus souvent, la conteuse transmettent les oïni, des contes merveilleux mais souvent à visée personnelle, l'histoire d'un héros. Les yukar, eux, sont les épopées qui engagent tout le peuple. Les kamuy yukar sont les récits de dieux, comme les récits eschatologiques.


Le Dieu-Cerf de la forêt de la Princesse Mononoké

          Les hommes ont été créés de saule et d'osier par la déesse de la nuit, comme eux, en vieillissant, ils se courbent.

          La terre est créée par un couple. Mais le dieu chargé de modeler les montagnes oublie sur l'une d'elle sa houe en orme blanc. Le dieu de la variole se posa sur l'arbre, donnant naissance à Aeoina, le civilisateur des hommes.

          Ce dernier leur apprit à cuire la nourriture, construire leur maison, creuser des bateaux, fabriquer arcs et harpons. Son épouse, la Louve Blanche est aussi une civilisatrice, c'est l'initiatrice des jeunes filles, la protectrice des femmes. Aeoina va aussi tuer beaucoup de dragons, de truites (monstres, quand elles s'agitent, tout bouge ! ^^).

          Ci-dessus La Louve de la Princesse Mononoké qui prend cette dernière sous son aile dans le film de Miyazaki

       
          Les koropokurus sont des « kamuy sous les feuilles de pélasites », des nains qui protègent le monde végétal, inoffensifs qui apparaissent aux voyageurs perdus pour les guider sur leur route.

          Ci-contre, les esprits de la forêt dans Princesse Mononoké qui viendront en aide au héros.

          Les dieux descendent parfois sur terre. Ils admirent la beauté de celle-ci. Comme la bécassine, kamuy de l'orage, ils en oublient parfois de revenir au pays des dieux.


La nature dans la mythologie shintô

          Ce sont des hommes qui possèdent déjà la riziculture, des armes, le fer, ils ont un grand sentiment de la nature, mais humanisée, ils ont peur du dehors non-civilisé.

          En 712, l'impératrice Gemmei ordonna à Ôno Yasumaro de transcrire les mythes d'un conteur Hiela no Are, et d'y ajouter que les empereurs descendent des dieux. Fut d'abord écrit le Kijiki, soit la , le plus ancien ouvrage écrit du Japon. Ce fait ouvre la voie d'une origine divine, la voie shintô.

 

Il y eut donc d'abord séparation de la terre et du ciel. Deux êtres divins, les kamis ont créé la terre et tout ce qui y vit. Ils plongent une lance dans la mer, tournent, la mer prend et ils créent ainsi une île. Ils sont Izanami (la femme) et Izanagi (l'homme).


Ôno Yasumaro

          Ils se rencontrent en tournant autours d'un pilier, mais la femme passant à sa gauche la première fois, ils ne mettent au monde que ce qui va mal. Puis elle passe à sa droite et va engendrer tout ce qui peuple le Japon. Parfois, elle met au monde les divinités. Elle met notamment au monde le dieu du feu et en meurt. Dans d'autres mythes, c'est Izanagi qui le fait naître seul. Mais à la mort d'Izanami, Izanagi est inconsolable, il va la retrouver au pays des morts.

Ci-contre, Izanami et Izanagi

          Après avoir offensé sa femme, elle envoie les huit furies le poursuivre. Izanagi s'enfuit et les arrête en cassant des dents de son peigne, faisant apparaître tour à tour du feu, des vignes croulant de raisin et des bambous. C'est le divorce. Izanami demande d'emporter chaque jour 500 hommes dans son royaume. Izanagi réplique qu'il en fera alors naître chaque jour 1000.


         
          Il y a aussi le mythe d'Amaterasu (le Soleil) et de Susanoo (voir ci-contre).

          Les trois symboles sortis lors de l'intronisation de l'Empereur sont le sabre, les joyaux et le miroir.

          Un kami est une âme sauvage sur la terre.

          La yamamba est une créature populaire. C'est une femme sauvage de la montagne (on y dépose d'ailleurs les vieillards de plus de 60 ans). Elle a deux cornes, une gueule avec de nombreux crocs et un rouet.

          Il y a aussi l'oni, souvent traduit par ogre, mais il est en fait un géant garni de cornes et à la massue de fer, qui peut être compatissant envers les hommes (par exemple, l'un sauva un village).

          Le kappa, créature vivant dans les marais est un génie des eaux, un être maléfique réputé pour attirer les enfants dans les rivières afin de les noyer. Il a une coupe pleine d'eau au-dessus de la tête (il faut s'incliner pour lui échapper).

          Le tengu du mont Atago est lui toujours accompagné d'un sanglier à quatre grandes dents. Ils sont mi-oiseaux, mi-humain et protègent la nature contre les attaques des hommes. Ils possèdent un gros nez rouge, et lumineux quand ils se fâchent. Les moines bouddhistes les considèrent comme des démons. Ils s'enveloppent dans un manteau de plumes qui les rend invisibles.

                                                                  Okkoto, dieu-sanglier de Princesse Mononoké

           Il faut savoir que les véritables dieux japonais ont toujours quelque chose de différent des autres dieux et des animaux d'origine.


 

          L'histoire du vieux coupeur de bambous est le premier conte transcrit. Il était pauvre et tomba sur un bambou lumineux dans lequel se trouvait une petite fille, la princesse du bambou. Elle grandit, devient très belle mais refusait tout mari et devint triste. Elle révèlera qu'elle est originaire de la Lune, même si elle ne veut y retourner. Elle s'y fera emmener malgré tout.

          Inari est le kami de la riziculture, du commerce, des fondeurs et gardien des maisons. C'était une divinité shintô, mais, Kukaï, un moine bouddhiste le récupère. Les Japonais sont généralement très tolérants envers les croyances, toutefois, les shintoïstes vont pourchasser les bouddhistes suite à cet épisode.

La nature dans la religion bouddhiste

          Après un ascétisme, une série de renaissance, les bouddhistes sont susceptibles de parvenir à l'éveil et de se voir ouvrir le paradis, pour les hommes qui se sont bien comportés. Chaque secte ou école bouddhiste a son propre Bouddha.

          Ils méditent devant la nature organisée par l'homme, des jardins minéraux, des arbres miniatures, des bonsaïs. C'est la culture zen.

Le kamishibaï

         
          Le kamishibaï est une technique japonaise pour raconter des histoires. C'est un groupe de planches illustrées glissant dans un butaï ou cadre de bois permettant de raconter des histoires. On dit parfois que c'est l'ancêtre du dessin animé. Dès le VIIIème siècle, les bonzes pêcheurs parcourent le Japon pour raconter des paraboles bouddhistes aux paysans illettrés.

          Tandis que les Coréens et les Chinois dessinent des personnages hiératiques, les dessins japonais sont caractérisés par des traits rapides et des personnages caricaturaux.

          Hokusaï Katsushika améliore les estompes et créé les mangas, à la base des dessins caricaturaux (ci-contre sa fameuse vague).

          Vers 1920, le kamishibaï était pour les enfants, circulaient des vélo kamishibaï. Ils étaient peu appréciés des maîtres, trop d'images détournaient pour eux de l'étude de la lecture. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le kamishibaï est accusé de support de propagande antiaméricaine, de propagande belliciste. D'ailleurs quand les américains arrivent en 1945, ils les brûlent et emprisonnent les gaïto (les conteurs). Les enseignants se rendent alors compte qu'il s'agit d'une prise de culture, et décident de promouvoir le kamishibaï.


L'exposé s'est achevé sur une démonstration de kamishibai et nous avons bénéficié des talents de conteuse d'Edith Montelle.

 

Par Chamahal
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 18:03
Voici ensuite un article que j'avais posté sur un blog qui a malheureusement fermé ses portes. Ce dernier avait été créé autours d'une classe collégienne par des parents d'élèves, dans un cycle spécialisé pour enfant dit "intellectuellement précoce" (EIP, dernier sigle à la mode pour désigner avant tout des enfants qui font face, malgré ce qu'on pourrait croire, à de nombreuses difficultés). Ce même blog avait donc pour but de faciliter la communication entre parents et professeurs et de permettre un échange de conseils entre parents, d'expériences ou tout simplement d'informations. Ce média "hors cadre" a toutefois été mal accepté par le corps enseignant, qui peu habitué à ce mode de communication (ou à la communication tout court), ont dénoncé le blog jusqu'à fermeture, bien que les parents aient déjà eut la bonté de leur faire part de son existence. Dans le même établissement, une conférence-débat avait eut lieu, menée par une psychologue, Mme Gallard, le 3 avril 2008. J'ai perdu la version finale, mais voici ce qu'il en reste :

L'enfant intellectuellement précoce face à ses apprentissages scolaires

          Suite à une demi-journée de formation avec les professeurs, jeudi dernier, le 3 avril, la psychologue Caroline Gallard nous a proposé une conférence-débat à l'**************. Le thème était « L'Enfant Intellectuellement Précoce (EIP) face à ses apprentissages scolaires ». Son but : offrir son expérience afin de nous aider à cerner les difficultés de ces enfants, et trouver éventuellement des solutions, en passant par l'échange. 

          Mme Gallard a ainsi commencé sa conférence par un récapitulatif des caractéristiques des EIP, sur le plan intellectuel et affectif, ponctué de rires entendus, de coups de coude et de regards éloquents des parents. Il s'agissait de rappeler que l'enfant précoce n'est pas plus intelligent, mais que son intellect s'étend à son affectivité : il fonctionne différemment.

          Il y a donc des obstacles spécifiques à son épanouissement. Elle a notamment insisté sur une faille : l'enfant précoce est toujours en recherche, cependant il apprend de façon qualitative. Elle a mis en lumière la perception de l'enfant pour un individu ignorant sa spécificité : les observations sont majoritairement péjoratives, tandis qu'avec une compréhension, elles deviennent le reflet de ses qualités. Le fait par exemple que les EIP soient bavards, dissipés, rêveurs et agités en classe, mais attentifs, est en fait plutôt dû au besoin de faire plusieurs choses à la fois. L'isolement de certains enfants n'est pas un manque de sociabilité, mais une vulnérabilité et une forte empathie. Cela souligne l'importance d'un environnement compréhensif du fonctionnement de l'enfant.

          Mme Gallard s'est concentrée sur la période du collège, où elle agit. Le collège est une rupture et entraîne souvent des difficultés. Elle introduit le terme de dyssynchronie de Jean-Charles Terrassier. S'il y a des précoces harmonieux, certains présentent toutefois des décalages, ces dyssynchronies. Elles peuvent être relevées à l'intérieur de la démarche intellectuelle (par exemple, entre le concret et l'abstrait), mais aussi entre l'intelligence et la psychomotricité (notamment au niveau de l'écriture, entraînant une suite de problèmes et de tensions), et enfin entre les domaines de l'intelligence et de l'affectif (l'immaturité affective).

          Mme Gallard propose donc quelques issues pouvant désamorcer les difficultés de la précocité. Il faut qu'il y ait une reconnaissance de la précocité intellectuelle, mais même plus, une assimilation par l'enfant. Elle en a profité pour signaler que plus la précocité était détectée jeune, mieux c'était car dans le cas contraire, elle est parfois enfouie sous les souffrances et la dépréciation et très difficile à détecter, voire impossible. L'enfant a besoin de compréhension, de bienveillance, d'une motivation, d'encouragements. Cela permet de redynamiser un potentiel, tout en s'appliquant, bien sûr, a tout enfant.

          Elle préconise aussi des repères dans les relations aux autres. De là, l'idée d'un point fixe, la mise en place dans la classe d'un adulte référent, un professeur choisit par les enfants, avec qui ils sont en confiance et pourront parler. En quelque sorte un système de tutorat, qui accompagne les enfants au collège, palliant l'agression ressentie, renouant parfois un lien avec les adultes. Les précoces trahissent en effet souvent un sentiment de ne pas être entendus.

          Les questions par la suite se sont révélées passionnées. De nombreux domaines ont été abordés, tant le saut de classe (Mme Gallard rappelle d'ailleurs que s'il est fait à contrecoeur, il ne sera pas bénéfique), que le redoublement, fréquent au lycée. Les associations de l'AFEP et de l'ANPEIP ont été citées, mais aussi une autre moins connue : JAN. Les liens étroits entre la dyslexie et la précocité intellectuelle ont été évoqués, la dyslexie étant démontrée génétique, mais Mme Gallard estime que la précocité ne l'est pas. Les tests parfois variables ont été dénoncés, le « comportement obsolète » de certains professeurs et maîtres, ainsi que le manque de reconnaissance de la précocité intellectuelle par les enseignants, ainsi par le rectorat, sourds aux demandes, et par les pédopsychiatres. L'étiquette de « parents râleurs » et le manque de structures au primaire et au lycée ont été déplorés, quoique JAN tente de changer les choses au niveau politique.

           Plusieurs parents ont fait savoir leur colère face au manque de suivi de l'équipe éducative dans ce collège, bien qu'école possédant des classes spécialisées. Le directeur répond que « la prof de maths a fait le choix [d'y travailler], d'autres non, quoiqu'ils soient en formation ». La psychologue du collège a été très attaquée, elle est chargée d'avoir « enterré vivant » un enfant. Elle répond qu'il s'agit d'un problème personnel, que les deux partis ont « des façons de vivre les choses différentes ». Elle était en effet présente à cette conférence, quoique peu participative, et a été soutenue par Mme Gallard, a en faire soupirer un parent : « s'il pouvait y avoir des Mme Gallard partout... ». La psychologue du collège souligne toutefois que « s'il y a trop de problèmes psychologiques, il est très difficile de rattraper le plan scolaire ». Voilà qui justifie la situation de certaines classes et l'importance de son travail.

          Un parent demande « quand on fait un bilan de notre enfant, on les qualifie, on les quantifie », mais que faire ? La politique n'avance pas et, comme il été pertinemment remarqué « il faut du temps [pour changer le système], mais les enfants n'en ont pas ». Il faut donc faire un choix, sans jamais perdre de vue la spécificité de chaque enfant et son affectivité. Les parents peuvent donc passer par des écoles spécialisées, mais comme il a été dit, il n'y a pas toujours de possibilités géographiques. Nous pouvons alors opter pour des classes européennes ou des classes CHAM.

          Mme Gallard règle aussi la question « il n'est pas le premier de la classe » en cycle classique, et souvent l'EIP se déprécie pour se faire accepter, sans que ce soit une solution. Au sujet des oublis, les enfants tête-en-l'air sont fréquents, Mme Gallard teste le contrat entre l'enfant et les parents, ou les professeurs, afin de réduire les oublis sans que l'observation soit un fliquage. Au sujet des renvois temporaires pour les élèves perturbateurs, la solution du stage en formation pour les enfants les plus âgés, afin de marquer le coup, pare à l'assimilation à des vacances avancées. Mais, pour un enfant qui a décidé de ne plus rien faire, Mme Gallard propose l'explication de la phobie scolaire, bien qu'elle s'avoue inutile dans des cas comme ceux-là et bien souvent, ils finissent par adopter le CNED. Un parent soumet selon son expérience, positive, l'idée d'envoyer l'enfant à l'étranger, dans l'humanitaire même, pour redonner du sens aux choses.

          Un autre parent, applaudi, finira par s'exclamer « Il y des enfants qui vivent bien leur précocité ! » C'est vrai, et il ne faut pas l'oublier. Au niveau du collège, Mme Gallard a dit avoir beaucoup apprécié la rencontre avec les professeurs. Il ne reste plus qu'à espérer que cette collaboration sera fructueuse.

 

P.S. : plus d'informations pourront être apportées sur demande.

Images de Pitiful (Hard to sit), la seconde de *mOthyyku sur le site de deviant art (That coloured day) et enfin, vous l'aurez reconnue : la Matilda de Roald Dahl !

Par Chamahal
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